Son cousin Drissa Koné, auquel on doit aussi la formation de l’orchestre Volta Jazz, l’aide à lancer sa propre affaire, qu’il ouvre au printemps 1960 quelques mois avant l’indépendance du 5 août 1960. Baptisé Volta Photo, ce studio devient un lieu privilégié de l’évolution de son pays et de sa ville, alors capitale économique et culturelle de la Haute-Volta. Les photographies de Sanlé Sory expriment la collision frontale opérant alors entre la vie moderne et les traditions rurales de la région des Hauts Bassins. Témoin privilégié de cette évolution et des années d’indépendance, il travaille sans relâche à documenter le quotidien des habitants de Bobo-Dioulasso.
Photographe investi dans son travail, il suit à la lettre sa devise selon laquelle, « quand on aime quelque chose, on se donne totalement à sa passion ». Il conjugue à la fois le reportage, l’illustration de pochettes de disque, les images officielles à ses portraits posés en studio. Ses clichés en noir et blanc illustrent l’euphorie de décennies insouciantes au cours desquelles la condition sociale n’a que peu d’emprise sur l’allégresse d’une jeunesse en pleine émancipation.
Ses images montrent la quête de cette jeunesse parfois déboussolée mais toujours allègre, confrontée à l’irruption frontale de modes de vie modernes. La fantaisie, la candeur et l’excentricité s’invitent au quotidien dans les poses, les regards ou les tenues de la jeunesse saisie par Sanlé Sory. Les attributs de cette jeunesse se traduisent par des t-shirts, des transistors, vélos, scooters ou autre moto, jouets en plastique, des talons compensés, du maquillage, un téléphone, des pots de fleur, des disques vinyles ou une guitare, autant d’éléments renvoyant à une modernité élusive. Il compose des séries entières autour de ces éléments, comme autant de signes qui affirment une personnalité ancrée dans son époque.
Toute la ville, des notables aux garçons des rues, des pieux musulmans aux sœurs catholiques franchit alors la porte du Volta Photo pour prendre une pose photographique moyennant une somme modique. Les tenues traditionnelles, les coiffes et les tenues de cérémonie sont également présentes dans ces images qui échappent à toute forme de normalisation. Les soirées dansantes, les poses farfelues, timides ou candides ont les faveurs de l’objectif de Sanlé Sory. Le noir et blanc sublime cette époque, avant que le format 24×36 et les pellicules couleur ne viennent accentuer ce que William Eggleston qualifie de « forêt démocratique », soit une dilution infinie du regard photographique dans l’espace public.
Estampillées Volta Photo, ses images illustrent cette effervescence sociétale et culturelle des premières décennies voltaïques dans sa région d’origine. Heureux, libres ou insouciants, ses sujets évoquent une allègre insouciance. La jeunesse urbaine s’affranchit peu à peu des carcans d’une société voltaïque encore très rurale. Photographe de studio démocratique, Sanlé Sory demande cent francs pour un portrait, ce qui en fait l’un des artisans photographes les plus prisés de la ville. Il peut utiliser jusqu’à cinquante pellicules quotidiennement, au studio ou en soirée.