« Toute ma vie est résumée dans mes dessins ». Prononcée par Ablaye Ndiaye Thiossane, cette phrase est on ne peut plus éloquente. Attiré par le dessin, il commence à copier les affiches des films qu’il voit au cinéma Le Palace, à Thiès, dès la fin des années 1940. Il entre à l’Ecole des Arts de Dakar en 1962 pour étudier la peinture. En parallèle, il devient également acteur de théâtre et chanteur.
Dès 1964, il fonde ainsi l’orchestre Thiossane Club, après avoir joué dans plusieurs groupes, tels que le Royal Band à Thiès ou l’Orchestre National du Sénégal. Bien que ses chansons soient passées à la radio dès la fin des années 1950, ce qui lui vaut une certaine notoriété, ce n’est qu’à l’âge de 74 ans qu’il sortira son premier album « Ablaye Ndiaye Thiossane ».
Ses inspirations sont multiples, de la transmission de sa culture de griot, inspirée des contes que sa mère lui lisait chaque soir, à la musique orientale de Farid El-Atrache en passant par Tino Rossi, découvert en 1953 grâce à son père, le jazz et la musique afro-cubaine. En 1964, il compose Tallen lampi, un des hymnes du Sénégal des années soixante, qu’il interprète sur scène lors de l’ouverture du Festival des Arts Nègres de Dakar en 1966. Sa renommée est instantanée. Ce festival, qui se tient à Dakar du 1er au 24 avril 1966, est organisé à l’initiative de la revue Présence Africaine et de la Société africaine de culture, sous le magistère de Léopold Sédar Senghor. Il constitue un événement sans précédent dans l’histoire culturelle du continent africain. Des personnalités de tous horizons y ont participé, comme André Malraux, Aimé Césaire,Duke Ellington, Joséphine Baker, Mahalia Jackson, les Ballets Africains, l’OK Jazz. Toutes les disciplines sont représentés : arts plastiques, littérature, musique, danse, cinéma. L’École de Dakar y est mise à l’honneur. Ce mouvement, symbole du renouveau artistique né au Sénégal à l’aube de l’indépendance, encouragé par le président Léopold Sédar Senghor dans le cadre de la négritude, est mis en œuvre par des personnalités telles que Papa Ibra Tall et Iba N’Diaye, peintres qu’Ablaye Thiossane admire particulièrement.
Le président Senghor apprécie le talent de Thiossane. Sur invitation présidentielle, il rejoint alors la manufacture de tapisserie de Thiès, sans pour autant persévérer dans une voie musicale. Il y exerce le métier de peintre-cartonnier. Ses œuvres sont reproduites en tapisseries. Une d’entre elles a notamment été exposée au siège de l’ONU. Sa peinture est renommée au Sénégal et a fait l’objet de quelques expositions.
Talentueux mais peu opportuniste, Thiossane disparaît progressivement des circuits officiels tout en continuant à peindre et à dessiner des affiches de cinéma, qui forment un monde imaginaire à la candeur sublimée. Sa grande passion reste le dessin, auquel il s’initie tout seul en copiant les affiches des films programmés dans les salles de cinéma de sa ville. Son père, Lamine Ndiaye, peintre amateur, l’a toujours encouragé à mener une carrière artistique, fait rarissime dans le Sénégal des années 1950. Ablaye Thiossane réalise sa première affiche en 1949, à l’âge de 14 ans. Il se souvient encore qu’il s’agissait du film Il marchait la nuit, d’Alfred L. Werker (1948). Cette curiosité insatiable se retrouve dans son amour du cinéma, qui lui permet de s’ouvrir aux cultures du monde entier, sans vraiment quitter Thiès.