Dalila Dalléas Bouzar

Résidence : Studio Dakar, Salon de peinture 7j/7

Commissariat theMatter • Immeuble Grey

theMatter invite en résidence la plasticienne Dalila Dalléas Bouzar dans le cadre de l’Art Project Dak’Art OFF 2018. Elle choisit de procéder à une déambulation immersive et performative de 7 jours dans les quartiers périphériques dakarois de Ouakam et de Grand Yoff et crée « Studio Dakar », un salon de peinture éphémère et nomade. Les passants sont invités les uns après les autres à s’assoir face à son chevalet, le temps d’un portrait à l’huile dont le temps d’exécution est volontairement limité à 30 mn par Dalila qui cherche à pousser ses propres limites et à accéder à une nouvelle dimension artistique.

L’acte créatif devient une performance physique, créative et sociale. Le portrait, outil d’investigation identitaire et d’expression critique des rapports de domination chez Dalila, et la peinture à l’huile, medium privilégié des peintres orientalistes et de la peinture classique en général, permettent à Dalila de revenir à la source de la construction historique du discours occidental sur l’art pour appeler à la construction de nouvelles représentations, à fortiori depuis les quartiers populaires de Dakar.

70 portraits sont exposés pendant la biennale ainsi que le film qui retrace les 7 jours de création, et 70 tirages uniques sont offerts à chaque « modèle ». Ce studio nomade sera déplacé à Paris (Studio Paris) lors de la foire AKAA en novembre 2018 où elle continuera ce travail performatif de portraits sur le vif.

La Résidence

La peinture de Dalila Dalléas Bouzar dégage à la fois une douceur et une force expressive singulière. Parce qu’elle révèle des intimités, celle de l’artiste et de ses sujets, en fouillant au plus profond de leurs mémoires. Parce qu’elle aborde les questions de l’existence, de la fragilité et de la réparation. Qu’elle restitue un rayonnement à celles et ceux que la représentation de l’histoire a malmenés, en transmettant leurs points de vue et en leur rendant avec un grand respect l’humanité et la dignité occultés.

L’émotion est là, présente dans les regards francs qui nous sont adressés, les attitudes et les postures des corps souvent dénudés, parfois inachevés, la pudeur et la sensibilité profondes qui émanent des personnages. Mais aussi dans la délicatesse du geste au pinceau, dans la lumière qui jaillit des contrastes comme une forme de résilience et de prise de conscience de soi.

Dalila Dalléas Bouzar fait partie de ceux dont le travail, entre introspection, combats intérieurs et résistance, sait déclencher chez chacun d’entre nous une lecture quasi silencieuse, pouvant aller jusqu’au recueillement, tant le sujet se raconte avec une urgence existentielle.

L’exposition

Dalila Dalléas Bouzar.
Propos d’une résidence.

Plus que jamais et de façon évidente, Dalila Dalléas Bouzar propose par ce travail en totale immersion un décloisonnement de l’art autant dans le temps que dans l’espace. Elle fait voler en éclat la verticalité qui nous a été dictée dans l’histoire de l’art occidental et qui n’a cessé de servir les sociétés dominantes, et signe un véritable manifeste pour l’horizontalité et la construction de nouvelles représentations. En remettant ici, à Dakar, le portrait à l’huile à l’honneur alors qu’il a tendance à disparaître de nos jours, elle fait abstraction de la temporalité tout en cassant les frontières imposées dans l’espace de l’art où ce dernier devrait répondre à une classification réductrice par l’époque, le style voire, pire, la géographie.

C’est alors que la magie opère et que la rencontre se produit. Sur ces routes de sable le salon de peinture de Dalila se pose, sous le regard à la fois surpris et intéressé des habitants du quartier. D’abord à Ouakam, puis à Grand Yoff. Enfants et adultes s’approchent et forment un cercle autour de l’artiste qui, assise derrière son chevalet, les invite à s’asseoir et se faire portraiturer les uns après les autres. L’acte devient alors une performance, d’abord physique, bien sûr créative mais aussi sociale. Dalila Dalléas Bouzar nous dit ce passage qui s’opère dans ce processus de création qui la conduit à pousser ses propres limites et la mène vers une nouvelle dimension artistique. La relation à l’autre, le temps d’un portrait, devient le point central de son travail : les regards se touchent, une bulle se forme entre l’artiste et le modèle, ils se lisent l’un l’autre, donnent mutuellement, en toute confiance.

Les pauses sont rares mais elles se font dans les familles autour d’un plat commun, le temps d’un thé préparé par Junior et Omar, les compagnons de route de Dalila, ou à rire avec les enfants et à échanger des points de vue avec qui en a envie. Et puis il y a le jeune Mamadou Oury, 13 ans, avec son cahier de dessin qui apprend à manier le fusain et à placer son cadre.

Nous retiendrons de cette résidence atypique, outre une galerie de portraits signés par une artiste dont on découvre la générosité de son engagement, une formidable aventure humaine. L’art, parce qu’il est destiné à l’autre, doit se penser librement et se démocratiser, et rester une passerelle fantastique vers les possibles, loin de l’élitisme conventionnel et des stéréotypes dont l’artiste ne cesse de vouloir se séparer.

Bénédicte Samson
Dakar, 04/2018

Les Portraits

“Proposer un décloisonnement de l’art et déconstruire la verticalité de son histoire”

“Se forme alors par nos regards une bulle dans laquelle nous nous donnons mutuellement, en toute confiance”

– Dalila Dalléas Bouzar

Dalila Dalléas Bouzar est née en 1974 à Oran en Algérie.
Elle vit et travaille à Bordeaux, France.

  • Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux- Arts de Paris en 2003, elle participe à une résidence de 6 mois à Oran où elle interroge son lien à la mémoire intime et collective à travers le portrait, l’architecture et la cartographie.
  • En 2010, elle s’installe à Berlin où elle vit et travaille jusqu’en 2014 et participe à plusieurs expositions internationales en retournant à son medium favori, le dessin.
  • En 2011, elle retourne en Algérie pour explorer les traumatismes encore visibles engendrés par la guerre, d’indépendance et la guerre civile des années 90 en Algérie.
  • En 2016, elle participe à l’exposition internationale de la Biennale de Dakar, dirigée par Simon Njami, et la Galerie Fakhoury lui consacre une exposition personnelle « In her room ».
  • En 2017, elle remporte le prix « L’Art est vivant » du secteur « Promesses » de Art Paris Art Fair.
  • Le FILM du Studio Dakar dans les quartiers dakarois de Ouakam et de Grand Yoff. Des moments forts avec les habitants du quartier : ceux dont Dalila fait le portrait, les cercles d’enfants à la découverte d’un nouvel univers de création, le jeune Mamadou qui décide d’apprendre le dessin, Junior et Omar les compagnons de route.

Le FILM du Studio Dakar dans les quartiers dakarois de Ouakam et de Grand Yoff. Des moments forts avec les habitants du quartier : ceux dont Dalila fait le portrait, les cercles d’enfants à la découverte d’un nouvel univers de création, le jeune Mamadou qui décide d’apprendre le dessin, Junior et Omar les compagnons de route.