En attendant le retour des bêtes sauvages :
Cecile Ndiaye
Cécile Ndiaye, designer textile, produit avant tout du sens Les peaux de cuir qu’elle travaille, rebuts de ‘exploitation industrielle occidentale, (re)prennent corps, littéralement, dans un langage gestuel organique, lent et précis, répétitif et attentif, qui sait transcender les techniques ouest africaines ancestrales. Ce langage nous dit la possible réparation, une certaine résilience, la nécessaire résurgence du beau et du poétique, mais aussi l’évidence d’un acte créatif engagé et responsable dans un monde en mal d’humanité et aux déséquilibres dévastateurs.
Les bêtes sauvages talent nos prédateurs naturels, à l’échelle de notre corps. Cohabiter avec elles nous confronte à notre vulnérabilité et nous pousse à l’humilité. En intervenant sans limite sur le vivant, notre espèce a généré des forces qui remodèlent en profondeur l’ensemble de la planète, obligeant la nature à déployer en retour des forces d’une toute autre puissance pour nous ramener à notre vulnérabilité.
Cécile Ndiaye cherche à refaire apparaitre l’animalité présente dans le cuir, en produisant des pièces à la fois brutales et d’une complexité raffinée. Une brutalité indissociable du vivant. Elle crée sa matière première en déconstruisant des vestes en cuir issues du quartier de la friperie à Dakar. Ce long procédé de « dépeçage » la rapproche de l’animal, révélant parfois une cicatrice, des variations de densité, des rugosités.
Puis elle découpe la veste en fines lamelles à partir desquelles a technique de tressage traditionnelle est lentement poussée, faisant apparaitre des possibilités de combinaisons d’où émergent des formes d’une grande complexité. Chaque parure est produite par des processus codés et itératifs voisins de ceux qui génèrent l’étonnante variété du vivant.
